une course physique !

Partis hier à 11 heures, les six IMOCA de la Bermudes 1000 Race Douarnenez – Cascais qui ont louvoyé pour sortir de la baie de Douarnenez, ont ensuite rapidement accéléré une fois la pointe du Raz débordée. Et pour cause, comme prévu, ils ont passé un premier front et c’est ainsi au portant, lancés à plus de 25 nœuds, qu’ils ont déboulé à travers le golfe de Gascogne. Leur première nuit en mer a donc été relativement tonique et s’ils profitent actuellement d’un léger moment de répit, ils vont s’attaquer dès cet après-midi à l’un des points les plus délicats de la course : le passage du DST de La Corogne. Si la majorité de la flotte a décidé de passer entre ce fameux dispositif de séparation de trafic et la côte et, par conséquent, de multiplier les empannages dans cet étroit couloir, un solitaire a préféré jouer la carte de la prudence en prenant l’extérieur. Dans ce contexte, il y a fort à parier que des premiers écarts significatifs se creusent entre les concurrents.

Hier, après avoir tiré des bords, au près, pour sortir de la baie de Douarnenez, les sept marins de la Bermudes 1000 Race Douarnenez – Cascais ont rapidement ouvert les voiles, profitant d’un flux de secteur nord-ouest qui s’est progressivement renforcé au cours de l’après-midi, avant de prendre des tours au moment du passage de front. « C’était vraiment génial. C’est monté crescendo et le bateau a accéléré, accéléré… Il a filé au portant toute la nuit, à 28 nœuds de moyenne, sans effort. C’était vraiment trop bien, même s’il faut que j’arrive à retrouver le bon rythme au niveau du sommeil en solitaire », a confié Sam Davies, ce matin, peu après avoir renvoyé son gennaker et juste avant de terminer de changer son écran tombé en panne quelques heures plus tôt. « Je bricole afin d’avoir tout en état de marche car plus on va approcher du cap Finisterre, plus je vais avoir besoin de connaitre les positions des autres bateaux sur l’AIS car il y a énormément de trafic dans cette zone », a ajouté la skipper d’Initiatives Cœur, parfaitement dans le bon tempo, en ce début de course. La preuve, ce jeudi à la mi-journée, elle est pointée en deuxième position, 12 milles dernière Paul Meilhat (SMA), l’actuel leader. 

Deux options pour Le passage du DST de La Corogne

« Le passage du DST de La Corogne va être important. Peut-être qu’il va changer un peu la donne », a déclaré la Britannique. De fait, cet après-midi, le passage du cap Finisterre va être délicat pour les marins car il va falloir jongler entre le trafic et le renforcement du vent (jusqu’à 20-25 nœuds fichiers), tout en enchaînant les empannages entre la terre et le fameux DST. « De mon côté, je vais anticiper au mieux. Jouer les cartes de la prudence et de la simplicité », a annoncé Sam qui a choisi, comme la majorité de ses adversaires, de suivre les routages, à l’inverse de Manuel Cousin qui a préféré, pour sa part, prendre le périf’ extérieur pour assurer un maximum pour sa première course en IMOCA (et en solitaire de surcroît), sans doute aussi un peu refroidi par les conditions musclées de ces dernières heures. « La nuit a été très tonique avec un front très marqué. Soudainement, c'est monté à 35 nœuds. Je n’ai pas eu le temps de prendre le deuxième ris alors j'ai fait avec. Heureusement, tout s'est bien passé. A présent, tout va bien à bord, même si ça caille dur et que c’est très humide », a indiqué le skipper de Groupe Setin, par ailleurs ravi de la nouvelle casquette de son bateau. « Je peux rester à peu près au sec, c'est vraiment un plus ! », a jouté le Normand qui va devoir composer avec de petits airs dans les heures qui viennent, pendant que ses concurrents vont conserver un vent relativement constant et, probablement, creuser des premiers écarts significatifs.  

Vers de premiers gros écarts ?

« C’est, en effet, ce que l’on peut imaginer mais l’on sait que pour Manuel, l’essentiel, lors de cette Bermudes 1000 Race Douarnenez – Cascais, est de prendre ses marques en solo en 60 pieds et de décrocher sa qualification pour la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, plus que de faire un résultat », a commenté Jacques Caraës, le Directeur de course qui voit les premiers bateaux à la marque virtuelle située à 335 milles dans l’ouest de Lisbonne entre minuit et une heure, dans la nuit de vendredi à samedi. « Dans l’immédiat, au niveau du cap Finisterre, ça va être sport parce qu’il va falloir multiplier les empannages mais après le DST, le vent va remollir. Les marins vont alors mettre de l’ouest dans leur route et enchainer les changements de voile, alternant entre gennak et spi. Ca s’annonce donc assez physique d’autant qu’en milieu de nuit prochaine, le vent va de nouveau se renforcer autour de 20 nœuds », a terminé Jacques Caraës qui estime toujours les premières arrivées à Cascais samedi, en début de nuit. A noter par ailleurs que Louis Burton fait actuellement route en direction de Lorient. Le skipper de Bureau Vallée 2 a décidé de faire demi-tour après avoir constaté un bruit persistant sous la coque de son IMOCA. Le Malouin souhaite, en effet, procéder à toutes les vérifications sur sa monture avant de décider de la suite à donner à sa course. Il est attendu dans le port Morbihannais demain matin au lever du jour.